Vingt-six ans après la fin de la guerre, Amel Tuka porte le rêve de la Bosnie-Herzégovine

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Après six participations aux Jeux olympiques d’été, la Bosnie-Herzégovine est toujours en quête d’une première médaille. Ce bonheur pourrait arriver grâce à l’athlète Amel Tuka. Ce spécialiste du 800 m, vice-champion du monde, est l’un des favoris de l’épreuve. 

Quand Amel Tuka a vu le jour le 9 janvier 1991, dans la petite ville de Kakanj en Bosnie, les affrontements n’allaient pas tarder à d’éclater dans son pays. Les premières années de sa vie ont été marquées par le conflit le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

La guerre de Bosnie-Herzégovine, qui débuta avec l’éclatement de la Yougoslavie et la déclaration d’indépendance de ce petit État des Balkans, allait faire 100 000 morts et plus de deux millions de déplacés entre 1992 et 1995. Le massacre de Srebrenica, qualifié d’acte de génocide, dans lequel les forces serbes bosniennes ont tué environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques, en reste l’événement le plus terrifiant.

Alors que ces violences faisaient rage, la Bosnie-Herzégovine participait au même moment pour la première fois aux Jeux olympiques en 1992 à Barcelone. Depuis, ce petit pays rêve de décrocher sa première médaille. À Tokyo, tous les espoirs reposent sur Amel Tuka, le porte-drapeau de la délégation.

L’athlète s’est qualifié, samedi 31 juillet, pour les demi-finales du 800 m en terminant 2e de sa série avec un chrono de 1:45.48. Vice-champion du monde de la discipline, il est l’un des prétendants au titre. Le Bosnien participe pour la seconde fois au Jeux. En 2016, au Brésil, il s’était malheureusement arrêté en demi-finale. “J’avais beaucoup de pression à Rio et je n’arrivais pas bien à dormir à cause de ma nervosité”, a-t-il expliqué lors d’une interview sur le site officiel des Jeux olympiques. “Des petits détails et mon entraînement n’étaient pas comme ils auraient dû être.”

Cinq ans plus tard, Amel Tuka a appris de ses erreurs. Il aborde les JO de Tokyo avec plus de sérénité. “Je ne pense pas avoir manqué quelque chose dans ma préparation cette fois-ci. Toute l’expérience que j’ai acquise au cours des Jeux m’a donné aujourd’hui beaucoup plus de sécurité et de stabilité dans ce que je fais”.

Un message de fraternité

Le spécialiste du 800 m est désormais au 3e rang mondial derrière l’Américain Donavan Brazier, qui ne s’est pas qualifié pour les Jeux, et le Kényan Ferguson Cheruiyot Rotich. Alors que le champion en titre le Kényan David Rudisha a dû déclarer forfait en raison d’une blessure, tous les espoirs sont permis.

En attendant d’en découdre sur la piste, Amel Tuka partage sur les réseaux sociaux son bonheur d’être présent au Japon. Dans un message très symbolique publié samedi dernier, il a montré une photo de lui en compagnie du tennisman Novak Djokovic. Plus de vingt-cinq ans après la fin de la guerre, le Bosnien a loué les qualités du Serbe : “Nole est un homme et un athlète humaniste”, a-t-il écrit. “Nole est notre ami et un homme bon et honnête à qui je souhaite de remporter l’or du plus profond de mon cœur”. Le numéro un mondial a finalement été éliminé vendredi en demi-finale du tournoi de tennis, mais cette belle image de fraternité restera.


À 30 ans, Amel Tuka se voit aussi comme un modèle pour la nouvelle génération. Il n’hésite pas à donner des conseils aux six autres membres de la délégation bosnienne :  “Parfois, les membres de l’équipe ont besoin de se détendre, d’acquérir de l’expérience et de la stabilité, tout en acceptant la pression”.

Au lancement des Jeux de Tokyo, 149 pays avaient décroché au moins une médaille olympique depuis le début des JO de l’ère moderne en 1896. Grâce à Amel Tuka, la Bosnie-Herzégovine pourrait rejoindre ce club. Même s’il rêve de rentrer dans l’histoire, le coureur de demi-fond veut avant tout donner le meilleur de lui même : “De cette façon, nous n’aurons aucun regret si nous perdons”.


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