Sorare, la start-up française qui valait 3,7 milliards

L’entreprise Sorare vient de lever 680 millions de dollars (soit 580 millions d’euros), un record pour le secteur de la tech en France qui confirme l’attrait pour cette application, mélange de collection de vignettes Panini, de “Football Manager” et de transactions boursières reposant sur la technologie NFT.

La jeune pousse a des bourgeons dorés. La start-up française Sorare a annoncé, mardi 21 septembre, avoir levé 680 millions de dollars (soit 580 millions d’euros) ce qui constitue un record pour le secteur des nouvelles technologies en France. Avec ces nouveaux moyens, Sorare, jeu en ligne au croisement de la spéculation et du “fantasy football”, vise grand.

Désormais valorisé à 4,3 milliards de dollars (soit 3,7 milliards d’euros), la jeune entreprise parisienne fondée en 2018 revendique la première place des “licornes” françaises (des sociétés non cotées valant plus d’1 milliard).

La jeune pousse française marche sur l’eau ces derniers mois. Début septembre, elle annonçait un partenariat avec la ligue espagnole de football, lui permettant d’avoir sous licence les clubs de première et deuxième division du championnat espagnol.

Malgré le peu de publicité et son déficit de célébrité auprès du grand public, Sorare est soutenu par des investisseurs renommés, comme les footballeurs Gerard Piqué (FC Barcelone), Rio Ferdinand (Manchester United), Antoine Griezmann (Atlético Madrid) et César Azpilicueta (Chelsea).

Un concept innovant

“Sorare se positionne au croisement de deux secteurs très stimulants : les objets digitaux à collectionner et les ‘fantasy sports’ [jeux sportifs virtuels]”, vante Marcelo Claure, directeur général de SoftBank, le groupe japonais ayant mené la levée de fonds.

Dans ce jeu utilisant la technologie de la blockchain [technologie de stockage et de transmission sans organe centrale de contrôle], les utilisateurs achètent et vendent des cartes de joueurs de football, dont la valeur dépend des performances lors de matches réels. Les utilisateurs s’affrontent au moyen de ces cartes en formant des équipes de cinq – un gardien, un défenseur, un milieu de terrain, un attaquant et un joker. Chacun reçoit une note sur 100, calculée par un algorithme nourri des chiffres du statisticien Opta, les notes des cinq joueurs de l’équipe étant boostées par la valeur de la carte, puis additionnées.

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Les cartes sont des jetons non fongibles (ou NFT, pour “non-fungible token” en anglais). Il existe plusieurs échelles de rareté. Les cartes uniques, une par joueur et par saison, donnent les meilleurs bonus. Elles sont vendues aux enchères par Sorare toutes les minutes – c’est là que l’entreprise réalise ses gains. Le record est détenu par une carte unique de Cristiano Ronaldo, vendue pour la modique somme de 280 000 dollars (environ 239 000 euros).

Les échanges monétaires se font en Ethereum, une cryptomonnaie, même si sur le site, les montants sont indiqués en euros.

Sorare revendique plus de 250 000 joueurs actifs, dont entre 30 000 et 40 000 possèdent au moins une carte payante. Le reste se contente des cartes gratuites illimitées offertes au début du jeu, mais qui très vite s’avèrent dépassées.

Un jeu chronophage et addictif

Les manières d’utiliser la plateforme sont diverses. Certains tentent de collectionner leurs joueurs préférés pour se constituer un cinq de rêve. D’autres se joignent à la plateforme dans un but purement spéculatif, tentant de faire main basse sur des jetons à bas prix et de les revendre quand le joueur performe et que sa carte prend donc de la valeur.

“J’ai un pote qui ne fait que du ‘trading’, il achète des joueurs blessés et les revend avec plus-value”, raconte ainsi Julien Bochereau alias Kinshu, journaliste de 36 ans couvrant l’industrie des jeux d’argent interrogé par l’AFP dans le cadre d’une enquête sur Sorare. “Aujourd’hui, ma galerie vaut entre 30 000 et 40 000 euros. D’entrée de jeu, j’ai investi 15 000 euros, et je ne regrette pas du tout.”

Jouer à haut niveau coûte cher. Jordan, un autre joueur contacté par l’AFP, explique avoir investi “6 500 euros entre mai et octobre 2020” et “ensuite, j’ai amélioré ma galerie en revendant des joueurs et en gagnant des cartes. À la revente, j’estime avoir fait 18 000 euros net de bénéfice”.

Sorare voit grand

Sorare compte actuellement 30 salariés, mais désire passer à 200 dès l’année prochaine en profitant de la nouvelle manne financière.

“Notre ambition est de créer le premier groupe au monde de divertissement dans l’univers du sport”, a déclaré le cofondateur de l’entreprise, Nicolas Julia. “Ce montant nous permet de nous concentrer sur notre produit jusqu’à une potentielle introduction en Bourse d’ici quelques années.”

Elle doit également nouer de nouveaux partenariats avec les clubs et les ligues qui récupéreront les royalties sur l’utilisation de leur marque et exigent un revenu minimum garanti. Sorare vise à terme d’être associé aux vingt plus grandes ligues du football mondial.

Sorare veut également s’internationaliser en ouvrant un bureau aux États-Unis, où le public a une meilleure connaissance des NFT et des cryptomonnaies ainsi qu’une forte tradition des cartes à collectionner.

“Des géants vont émerger dans le secteur des cryptos et des NFT. Ce n’est plus une lubie de quelques hackers [pirates] qui chercheraient à faire de l’argent sur un actif irréel”, affirme à l’AFP Matthieu Lattes, cofondateur de White Star Capital, qui a récemment créé un fonds dédié à ces jeunes pousses. Selon lui, cette levée record démontre aussi la “maturité” des start-up en croissance en France, comme le sont les introductions en Bourse de sociétés tech françaises (Believe récemment et OVHcloud bientôt).

Reste que des zones d’ombre subsistent dans le business model de Sorare. Tout d’abord, reposant sur les cryptomonnaies pour ses transactions, le jeu est soumis à la volatilité du marché. De plus, le marché étant innovant, la réglementation demeure encore balbutiante

“Les NFT sont encore flous dans la réglementation en France. L’innovation va trop vite pour le régulateur”, explique le directeur blockchain de KPMG France à Challenges.

Enfin, les NFT pourraient également être rattrapés par le régulateur en raison de leur caractère pécunier, Sorare pourrait ainsi être considéré comme un jeu d’argent. Le boursicotage de l’appli peut faire miroiter le gain d’une fortune rapide et pousser à investir de fortes sommes au risque de les perdre. Alors que la nocivité des paris sportifs a été mise en avant durant l’Euro-2021, Sorare pourrait être régulée pour des raisons de santé publique.

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