quand des badges portés à l’effigie de Mao Zedong interpellent le CIO

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L’image du leader fondateur de la Chine communiste, Mao Zedong, a fait une apparition imprévue lundi aux JO de Tokyo, sous la forme d’un badge porté par deux athlètes chinoises lors d’un podium de cyclisme sur piste. Le Comité international olympique a déclaré, mardi, qu’il “examine (cette) question”.

Bao Shanju et Zhong Tianshi ont-elles enfreint, lundi aux JO de Tokyo, une règle de la Charte olympique interdisant toute “propagande politique” ? Le badge à l’effigie de Mao Zedong qu’elles portaient a en tout cas retenu l’attention du Comité international olympique (CIO), qui a déclaré, mardi 3 août, “examiner la question”.

Ce geste des deux médaillées d’or chinoises lors de leur cérémonie de remise des médailles risque d’être jugé comme une violation de la règle 50 de la Charte olympique, qui indique : “Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique”.

Le leader communiste Mao Zedong a proclamé la fondation de la République populaire de Chine en 1949, et reste une figure emblématique en Chine 45 ans après sa mort, en 1976.

L’incident est survenu un jour au lendemain d’un autre geste étudié par le CIO. Dimanche, la médaillée d’argent américaine du lancer du poids, Raven Saunders, a croisé les poignets de ses bras levés sur le podium alors qu’elle se tenait à côté de la médaillée d’or chinoise. Il n’était pas clair, mardi, si les badges à l’effigie de Mao Zedong étaient une réponse à cette cérémonie de la veille.

“Nous avons contacté le Comité olympique chinois et lui avons demandé un rapport sur la situation”, a déclaré mardi Mark Adams, porte-parole du CIO, lors de la conférence de presse quotidienne des Jeux de Tokyo.

Des badges portés dans les années 60 en Chine

Des insignes montrant le profil de Mao Zedong ont été portés par des centaines de millions de personnes dans les années 1960 pour montrer leur loyauté envers le président du Parti communiste et la Révolution culturelle ultra-radicale qu’il a lancée en 1966.

L’actuel chef du parti chinois, Xi Jinping, a invoqué l’image de Mao pour tenter de promouvoir son propre statut de leader chinois historique. Lors d’un événement organisé le 1er juillet, il est apparu sur la place Tiananmen, dans le centre de Pékin, vêtu d’une veste grise Mao identique à celle que portait l’ancien dirigeant sur un portrait voisin surplombant la place. Les autres dirigeants du parti présents au même événement étaient vêtus de costumes d’affaires bleus.

Le CIO a rendu publics les appels réguliers de son président Thomas Bach avec Xi Jinping avant l’ouverture des JO de Pékin en février 2022, que les militants des droits de l’Homme ont tenté de qualifier de “Jeux du génocide” en raison du traitement réservé par le gouvernement à la minorité musulmane des Ouïghours dans le nord-ouest de la Chine.

Le X de Raven Saunders aussi étudié par le CIO

Lors des JO de Tokyo, où l’on s’attendait à ce que les athlètes activistes attirent l’attention, Raven Saunders a repoussé les limites de la règle 50 en croisant ses poignets pour former un X. “C’est l’intersection où tous les opprimés se rencontrent”, a-t-elle déclaré lorsqu’on lui a demandé des explications sur son geste.

Raven Saunders s’est tournée vers les photographes au stade olympique pour faire ce geste quelques secondes après s’être tenue face au drapeau chinois pendant l’hymne national de Gong Lijiao. L’instance olympique américaine n’a pris aucune mesure à l’encontre de Raven Saunders, qui a déclaré lundi dernier “avoir été respectueuse de ses concurrents et n’avoir pas enfreint nos règles relatives aux démonstrations”.

Le CIO a demandé aux responsables de l’équipe américaine de fournir plus de détails, a déclaré Mark Adams mardi, ajoutant qu’il avait pris note de l’opinion publique dans cette affaire – Raven Saunders, qui est noire et homosexuelle, a reçu un large soutien après son geste.

Raven Saunders a déclaré sur la piste olympique que son objectif était de “montrer aux jeunes gens que, peu importe le nombre de cases dans lesquelles ils essaient de vous faire rentrer, vous pouvez être vous-même et vous pouvez l’accepter”.

Neutralité politique et assouplissement des règles

Le CIO a longtemps affirmé qu’il était politiquement neutre et qu’il devait maintenir cette position pour permettre à plus de 200 équipes nationales d’arriver et de concourir aux JO sur un pied d’égalité. Pourtant, la règle interdisant toute protestation des athlètes dans les sites olympiques a été légèrement assouplie dans les semaines précédant la cérémonie d’ouverture à Tokyo, où les athlètes étaient censés tester ses limites. 

Les gestes et les déclarations sont désormais autorisés à l’intérieur du terrain de jeu, sur la ligne de départ ou avant un match, mais pas pendant la compétition ni lors des cérémonies de remise des médailles. Plusieurs équipes de football féminin, par exemple, se sont agenouillées sur le terrain avant le coup d’envoi de la première journée d’action olympique, le 21 juillet.

Les pins de Mao, cependant, ont apporté une touche inattendue au débat sur la règle 50. Le port de ces insignes a diminué après 1970 en raison de plaintes selon lesquelles leur production épuisait les rares réserves de métal nécessaires à l’industrie chinoise. Les pins originaux datant de la révolution culturelle sont recherchés par les collectionneurs, tant en Chine qu’en Occident. 

Les images de Mao sont redevenues populaires dans les années 1990 pour exprimer les plaintes selon lesquelles les Chinois ordinaires ne profitaient pas assez des changements économiques qui ont provoqué l’inflation et les licenciements dans les entreprises d’État.

Avec AP

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