Le rugby algérien a la Coupe du monde 2023 en ligne de mire

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La très jeune Fédération algérienne de rugby vient de franchir une étape importante de sa croissance en devenant membre à part entière de World Rugby, l’instance qui gère cette discipline sur le plan mondial. Et son équipe masculine vise l’exploit de se qualifier pour la prochaine Coupe du monde, organisée en 2023 en France.

Cette première victoire décrochée à Nabeul ne pouvait pas rester sans suite. En février 2007, un groupe de joueurs de rugby algériens avaient réussi à constituer une équipe pour aller défier la Tunisie sur ses terres. Cette rencontre organisée n’avait rien d’officiel vu qu’il n’existait alors pas de Fédération algérienne de rugby. Mais ce match gagné par l’Algérie 8 à 7 a constitué le point de départ d’une aventure qui vient de déboucher, le 12 mai, sur l’admission par World Rugby de la Fédération algérienne de rugby (FAR) comme membre à part entière. Une consécration notamment saluée sur Twitter par Mourad Gherbi, l’un des ses actuels vice-présidents.

Trois des joueurs présents sur le terrain en 2007 ont activement participé à ce processus de reconnaissance. Comme tous leurs coéquipiers, ils évoluaient alors dans des clubs en France, professionnels ou amateurs, et rêvaient de prolonger leur rêve d’une sélection algérienne. En 2015, la FAR a vu le jour et l’ex-pilier Sofiane Benhassen en est alors devenu le président, notamment épaulé par l’ancien trois-quart Azzouz Aib. Deux ans plus tard, l’ex troisième-ligne Boumedienne Allam prenait les rênes de l’équipe nationale.

Ce trio a œuvré aux côtés de nombreux passionnés et responsables sportifs pour que le rugby, pratiqué avant l’indépendance, retrouve une place en Algérie. Et aujourd’hui, la Fédération, à la tête de laquelle Sofiane Benhassen a récemment été réélu, annonce un chiffre de 6 000 licenciés, dont un quart de filles, et une trentaine de clubs. Elle possède plusieurs sélections nationales masculines et féminines, chez les jeunes, en rugby à 7 et à 15. 

Le rêve de jouer une Coupe du monde en France

La sélection nationale masculine est la “locomotive de la fédération”. Brillante au niveau africain ces dernières années, elle a encore gagné en notoriété en décembre dernier, lors du tirage au sort des poules de la Coupe du monde 2023 qui sera organisée en France. Car l’équipe africaine qui triomphera de la phase de qualification continentale se trouvera dans le groupe A, aux côtés notamment des Bleus ou de la Nouvelle-Zélande.

“Imaginez-vous un Algérie-Écosse ou un Algérie-Nouvelle-Zélande à Marseille ! Ce serait l’effervescence “”, s’est enthousiasmé Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, dans un entretien accordé à DZ Rugby TV, la chaîne de la FAR sur YouTube. Sans parler bien sûr d’un Algérie-France qui ne manquerait pas de susciter un incroyable engouement dans la cité phocéenne. 

>> À voir : Les rugbymen algériens en quête de reconnaissance

Cette qualification, les joueurs qui représentent l’Algérie en rêvent tous. “On n’a même pas besoin d’en parler, il suffit que l’on se regarde et on sait “, confie à France24 Boumedienne Allam, sélectionneur de l’équipe d’Algérie. Au cours des quatre dernières années, il a accompagné les progrès de cette équipe, qui est parvenue à se glisser parmi les 6 meilleures du continent, gagnant le droit de disputer les éliminatoires de la Coupe du monde 2023. Elle se rendra en juillet en Ouganda pour affronter son équipe nationale et celle du Ghana. Les deux premiers de cette triangulaire décrocheront le droit de participer, en 2022, à la Coupe d’Afrique du rugby, une compétition regroupant 8 équipes dont le vainqueur décrochera son billet pour la poule A de la Coupe du monde.

Ce précieux ticket qualificatif africain a été monopolisé par la Namibie lors des six dernières éditions de la Coupe du monde. Et cette formation redoutable, qui occupe actuellement le 24e rang du classement mondial, fait logiquement figure d’épouvantail en vue de la prochaine. Derrière elle se trouvent notamment le Kenya (32e), le Zimbabwe (35e), la Tunisie (39e) ou bien l’Ouganda (40e). Un classement mondial à la tête duquel figure l’Afrique du Sud, championne du monde en titre, qui, depuis 1995, a toujours été directement qualifiée pour les différentes Coupes du monde. 

Un riche réservoir de joueurs

Peu expérimentée, l’Algérie a donc un immense défi à relever. Elle s’appuie pour cela sur un large réservoir de joueurs binationaux qui évoluent dans différentes divisions du rugby français et qui ont pu ou voulu, grâce à leurs origines algériennes, opter pour cette sélection. “On est une nation émergente du rugby mais on a la chance de compter sur une diaspora qui évolue dans des championnats très relevés en France”, explique Azzouz Aib, vice-président de la Fédération, contacté par France24. 

Une soixantaine d’entre eux, issus des divisions professionnelles françaises (Top 14 et proD2) et amateurs ou bien d’autres championnats européens, seront réunis le mois prochain en Occitanie pour un stage de préparation en vue du déplacement en Ouganda. Rejoindre la sélection algérienne n’est pas forcément un choix facile pour eux car ils doivent souvent convaincre les clubs qui les emploient d’accepter leur absence, et ce malgré la réglementation internationale qui leur donne le droit de jouer pour leur sélection. De plus, ils n’ont pour seule rétribution que la joie de porter le maillot algérien et de vivre une aventure internationale. 

Jonathan Best en fait partie. Il a appris, en 2017, qu’il était éligible et a fait le choix, à 34 ans, de se lancer dans cette aventure. Et celui qui vient de prendre sa retraite après 16 saisons dans le rugby professionnel espère bien continuer de se battre pour cette équipe avec laquelle il a déjà disputé cinq rencontres. Il y a trouvé des valeurs et une solidarité incroyables. “Cela vaut vraiment le coup de tenter même si on a que 1 % de chances de se qualifier”, explique-t-il à France 24. “Il va falloir désormais gagner des matches importants pour essayer de toucher le rêve de toute la sélection”, ajoute-t-il..

Au-delà de cet objectif sportif très relevé, Boumedienne Allam sait que ces éliminatoires contribuent largement au développement de ce sport qui bénéficie d’une médiatisation inédite. “Je veux vraiment mettre en avant les garçons qui sont sur le terrain, mais aussi tous les bénévoles qui se battent en dehors pour que le rugby soit reconnu dans leur ville, leur wilaya ou leur quartier”, souligne-t-il. Et il espère que ces efforts permettront à des joueurs formés localement de connaître un jour le haut niveau et de porter, à leur tour, le maillot de la sélection “des deux lions”.

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