En quête de trois médailles d’or, l’ex-réfugiée Sifan Hassan va-t-elle réussir son pari à Tokyo ?

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Lancée dans la quête d’un insensé triplé 1500 m – 5000 m – 10.000 m, la Néerlandaise Sifan Hassan a réussi lundi la première étape de son incroyable pari en étant sacrée championne olympique du 5000 m. 

La Néerlandaise Sifan Hassan pourrait être la star des Jeux olympiques de Tokyo. À 28 ans, elle vise le triplé olympique 1500 m, 5000 m et 10 000 m. Elle a déjà décroché sa première médaille d’or, lundi 2 août, en devançant avec aisance en finale du 5000 m la Kényane Hellen Obiri et l’Ethiopienne Gudaf Tsegay pour succéder au palmarès à la Kényane Vivian Cheruiyot, victorieuse à Rio en 2016.

Ce feuilleton Hassan n’a pas fini de tenir en haleine durant ces JO tant l’entreprise paraît folle et improbable. Mais rien ne semble pouvoir arrêter pour le moment la coureuse. Ni la colonie kényane emmenée par Helen Obiri, ni les Éthiopiennes et leur leader Gudaf Tsegay, ni même la piste quelque peu détrempée après les énormes averses déversées peu avant le départ de la course n’ont eu raison de la supériorité insolente de Hassan, qui a écœuré toutes ses rivales dans un ultime tour avalé telle une fusée.   

La Néerlandaise s’est finalement imposée en 14 min 36 sec 79 devant Obiri, double championne du monde de la distance, mais incapable de suivre le rythme infernal imprimé par la Néerlandaise dans les derniers mètres (14 min 38 sec 36).

Les 12 travaux d’Hercule

Sifan Hassan n’en était pourtant pas à son premier fait d’armes de la journée. Elle avait dans la matinée réussi le tour de force de remporter sa série du 1500 m malgré une grosse chute dans le dernier tour. Tombée lourdement sur la piste et largement distancée, elle s’était immédiatement relevée pour dépasser une à une toutes ses adversaires avant de franchir la ligne en vainqueur (4 min 05 sec 17). Une démonstration qui ne l’a pas empêchée de régner quelques heures plus tard sur le 5000 m.

“J’ai l’impression de sortir d’un cauchemar, tout était dramatique aujourd’hui, a-t-elle lâché. Je suis venue ici confiante pour gagner trois médailles d’or, après avoir travaillé dur. Puis, quand je suis tombée, je me suis dit que la vie n’allait pas toujours dans mon sens. Après la course, j’avais l’impression d’avoir bu 20 tasses de café, je n’arrivais pas à me calmer, même après une douche. J’étais surexcitée. Mais ensuite, quand est venue l’heure du 5000 m, j’étais très fatiguée, j’avais mal à plusieurs endroits. Je ne sais pas d’où j’ai sorti cette énergie pour gagner.”

Cette première victoire dans la poche, l’infatigable Hassan aura tout juste une journée pour souffler avant d’enchaîner avec les demi-finales du 1500 m dès mercredi. En cas de qualification, elle devra revenir sur la piste du stade olympique pour la finale prévue vendredi avant celle du 10 000 m le lendemain. 

“Le sport a changé beaucoup de choses dans ma vie”

Sifan Hassan est née à Adama en Éthiopie. À 15 ans, elle arrive aux Pays-Bas sans papiers. Comme le raconte le site Sport News Africa, c’est sous le statut de réfugiés qu’elle participe à ses premières compétitions de cross. “Tous les jours à l’école en Éthiopie il y avait un créneau dédié au sport, je n’étais jamais fatiguée, je faisais du volley”, avait-elle raconté selon l’AFP. “Au Pays-Bas, ensuite, un professeur m’a proposé de courir, je suis allée à son club, j’ai fait un 1 500 m en 4 min 20. Quelques jours plus tard, j’ai couru un semi-marathon en 1h17”.

Sa carrière est lancée. La future championne se révèle en 2013 en remportant le 1 500 m du meeting d’Heusden-Zolder. En décembre de la même année, Sifan Hassan, qui vient d’obtenir la nationalité néerlandaise concourt sous les couleurs des Pays-Bas à l’occasion des championnats d’Europe de cross-country, à Belgrade en Serbie. Engagée dans la catégorie espoir, elle remporte son premier titre international en 19 min 40. C’est le début de l’incroyable ascension de cette ancienne réfugiée. “Le sport a changé beaucoup de choses dans ma vie, m’a fait découvrir le monde et m’a montré que l’endroit d’où tu viens ou qui tu es importe peu”, avait résumé l’athlète.

En 2014 à Zurich, elle décroche sa première médaille d’or européenne en séniors sur 1500 m. Mais sa progression stagne. Elle remporte une médaille de bronze aux championnats du monde de Pékin (2015), une 5e place aux JO de Rio (2016) et une médaille de bronze aux Mondiaux de Londres (2017). En 2019 enfin, Hassan Sifan atteint son but à Doha. Elle est double championne du monde sur 10 000 m et 1 500 m.

Des suspicions

Mais ce doublé alimente les rumeurs. Même si elle n’a jamais été mêlée à une affaire, il ravive les doutes et les soupçons autour de la coureuse d’origine éthiopienne dont le sulfureux mentor, l’entraîneur américain Alberto Salazar, gourou de l’Oregon Project soutenu par la firme Nike, a été suspendu à vie pour “abus émotionnels et sexuels”, une décision du “US Center for SafeSport” (Centre américain pour un sport sûr) dont il peut faire appel. Ses protégés avaient marché sur les Mondiaux de 2019. Le groupe avait ensuite été dissous par Nike.

“Le plus gros moment de pression de ma vie a été à Doha, et j’ai réussi à m’en sortir, donc Tokyo sera facile”, avait-elle réagi en référence aux questions portant sur Alberto Salazar lors des championnats du monde de Doha.

Sifan Hassan a aussi pris l’habitude de faire tomber les chronos. En octobre 2020, elle établit un nouveau record d’Europe du 10 000 m en 29 min 36 s 67 à Hengelo. Elle bat finalement le record du monde de la distance le 6 juin 2021 au même endroit, avec le temps de 29 min 06 s 82, améliorant de plus de 10 secondes l’ancien record mondial détenu depuis 2016 par l’Éthiopienne Almaz Ayana (29 min 17 s 45).

Ce record ne tient cependant que deux jours, puisqu’il est battu sur la même piste le 8 juin par l’Éthiopienne Letesenbet Gidey. Leur affrontement prévu samedi à Tokyo sur cette distance pourrait une nouvelle fois affoler les compteurs.

Avec AFP

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